HIER, MAMAN GÉRAIT LA JOURNÉE DES ENFANTS. AUJOURD'HUI, LES PARENTS DOIVENT TOUT RÉUSSIR. ET AU TRAVAIL, C'EST PAREIL.
Il fut un temps où l'autorité parentale fixait le cadre. Les règles étaient posées. Les rôles, relativement définis. Et la journée des enfants, bien souvent, c'était l'affaire de maman. Aujourd'hui, les modèles ont évolué. Heureusement. Mais avons-nous vraiment gagné en liberté ?
François Pineda
10/9/20262 min read


Il fut un temps où l'autorité parentale fixait le cadre. Les règles étaient posées. Les rôles, relativement définis. Et la journée des enfants, bien souvent, c'était l'affaire de maman.
Aujourd'hui, les modèles ont évolué. Heureusement.
Mais avons-nous vraiment gagné en liberté ?
Ou avons-nous simplement remplacé les anciennes obligations par de nouvelles exigences, beaucoup plus nombreuses, beaucoup plus insidieuses ?
Être un parent présent. Un conjoint attentif. Un professionnel performant. Un ami disponible. Un citoyen engagé. Prendre soin de soi. Faire du sport. Manger sainement. Préserver la planète. Et, si possible, garder le sourire.
Tout. Bien. Tout le temps.
Nous avons troqué l'autorité du « tu dois » contre la tyrannie du « tu devrais ».
Et le plus fort, c'est que nous avons fini par intérioriser le chef.
Celui qui nous rappelle, à toute heure, tout ce que nous n'avons pas fait, pas assez bien fait ou pas encore réussi.
La culpabilité est devenue le manager le plus exigeant de nos vies. Et il ne prend jamais de congés.
Dans l'entreprise, le phénomène prend une dimension particulière.
On parle de santé mentale. On affiche des engagements sur le bien-être. On organise des ateliers sur la gestion du stress.
Mais dans le même temps, on valorise celui qui répond à 23 heures, celle qui ne prend jamais de pause, celui qui absorbe la charge de travail de trois personnes et celle qui ne dit jamais non.
Alors, soyons honnêtes : prenons-nous réellement soin des personnes ?
Ou cherchons-nous surtout à leur apprendre à mieux supporter des exigences qui, parfois, les épuisent ?
Et parlons des dirigeants.
À eux, on demande encore davantage.
Avoir une vision. Décider vite. Protéger les équipes. Préserver les emplois. Développer l'activité. Anticiper les crises. Inspirer confiance. Être disponibles sans être envahissants. Être humains sans montrer leurs failles.
Bref, être des Avengers.
Sauver le monde avant la réunion de 9 heures. Et rester performants pour celle de 14 heures.
Mais qui leur donne le droit de douter ? De ralentir ? De ne pas savoir ? De rentrer chez eux sans avoir réglé tous les problèmes ?
À force de vouloir être irréprochables partout, ne sommes-nous pas en train de devenir prisonniers de l'obligation de réussir ?
Car la perfection a un avantage redoutable : elle nous donne toujours une bonne raison de culpabiliser.
Il y aura toujours un parent plus disponible, un dirigeant plus performant, un collègue plus efficace, un projet mieux mené.
La ligne d'arrivée recule à mesure que nous avançons.
Et si la perfection n'était pas notre meilleure ambition, mais notre pire ennemie ?
Non pas parce qu'il faudrait renoncer à l'exigence. Mais parce qu'exiger de soi et des autres l'absence permanente de défaut, de retard, de doute ou d'échec finit par étouffer ce qui fait notre humanité.
La liberté, ce n'est peut-être pas de parvenir à tout réussir.
C'est aussi pouvoir choisir ce qui compte, accepter de ne pas tout faire et cesser de confondre nos limites avec nos insuffisances.
Et si, au lieu de chercher à être parfaits dans tous les rôles que nous jouons, nous commencions par nous autoriser à être humains dans chacun d'eux ?
François Pineda. J'dis ça, j'dis rien… Mais à vouloir être parfait partout, on finit parfois par ne plus être vraiment présent nulle part.
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